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Fondée en 909 ou 910, Cluny, la « Grande Abbaye », constella toute l’Europe de ses monastères. Elle en aurait eu, selon certains, jusqu’à près de deux mille. Guy de Valais en recensa 1 184 exactement. Aujourd’hui, on parle plutôt de 1 400 fondations. En tout cas, elle a compté plus de 10 000 moines.

Et tous ces moines, partout où ils allaient, donnaient l’exemple des plus hautes vertus, défrichaient les lieux arides ou incultes, fondaient des églises, des paroisses, des bourgades, parfois même des villes, secouraient les pauvres, donnaient asile aux malheureux, etc., etc. Dans Les Études (n° du 5 novembre 1936), André Brémond, disait : « Les moines, disciples de Benoît, voués à la pauvreté, à la chasteté, à l’obéissance, ont fait le jardin de la France par leur dur travail ».

Nos contrées d’Auvergne et du Forez ont eu une large, très large part à ces bienfaits. L’Auvergne comptait 74 monastères clunisiens, la province de Lyon 78. Le prieuré de Noirétable faisait partie de la province d’Auvergne et relevait directement de Cluny. 

Il n’était donc pas un des moindres. Et pourtant, c’est à peine aujourd’hui s’il en reste un souvenir dans la mémoire des hommes, un nom, le prieuré, et c’est tout.

1507. Pourquoi nos moines du prieuré de Noirétable, au lieu de s’en aller, ne sont-ils pas montés à l’Hermitage pour s’y établir et s’y transformer en missionnaires ? Avec tous les biens qu’ils avaient, leur maison aurait été assez largement dotée. Mais l’heure des missions n’était pas venue, et les missions n’étaient pas dans la vocation des moines.

Laissons-les donc partir, et saluons-les pour la dernière fois. N’ont-ils pas bien mérité de nous, habitants de Noirétable ? Pendant cinq siècles au moins, ils ont vécu parmi nous, priant, travaillant, portant secours à toutes les misères. Ils ont défriché divers quartiers de la commune et y ont créé des villages. En s’établissant dans le Breuil ou parc qui leur fut donné, ils y ont fondé un noyau de maisons qui sera plus tard notre petite ville : c’est à eux que Noirétable doit tout ce qu’il est. Outre la fondation du bourg, Noirétable leur doit encore la fondation de sa première église et de la paroisse. Et aujourd’hui, cette première église, toujours debout, c’est son hôtel-de-ville, sa mairie.

Partez donc, grands bienfaiteurs de notre petit pays ! Partez sans remords, puisqu’on vous l’ordonne. Vous avez parmi nous combattu le bon combat, conservé la foi. Que bénie soit l’illustre maison de Cluny qui vous a envoyés en nos contrées. Si votre mémoire a été un peu effacée par le temps, rien n’effacera, espérons-nous, la trace de vos pas qui resteront empreints d’âge en âge sur nos monts et nos vallées.

C’est ce passé éteint que nous allons essayer de faire revivre. Cela nous distraira un peu de la T.S.F., de l’avion, de l’auto, de la politique et quelques autres merveilles que les moines d’antan n’ont point connues.

Toutes ces merveilles – si tant est que tout soit merveilleux dans la vie moderne ! – se sont développées et fonctionnent sur des tombeaux, des tombes de moines surtout.

Vous plaira-t-il que nous les ouvrions pour un moment, et que nous écoutions ces voix éteintes pour qu’elles nous disent ce qu’elles ont été et ce qu’elles ont fait pour nous ?

Et peut-être qu’en comparant ce « vieux » temps avec le nôtre, trouverons-nous qu’à certain point de vue, il le valait.

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Écrit par les abbés Jean-Baptiste et Jean-Marie Gouttefangeas 

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